vendredi, 1 août 2008

Les chauffards se déchaînent cet été

Les chauffards se déchaînent cet été

Un nouveau radar fribourgeois a flashé six gros excès en une semaine sur l'autoroute A12. Depuis sa mise en service le 22 juillet, le nouveau radar fribourgeois placé sur l'autoroute A12 à la hauteur de Bösingen cartonne en mesurant de très grandes vitesses


Stéphane Berney - le 31 juillet 2008, 23h00
Le Matin



LE RADAR QUI CHAUFFE
Il s'appelle Traffistar 330. Il sort des usines de Multanova à ster (ZH). Et il porte plutôt bien son suffixe «star». D'abord parce qu'il a coûté un demi-million de francs. Et ensuite parce que c'est le radar dont on parle le plus en ce moment en Suisse. Situé sur l'autoroute A12 à la hauteur de Bösingen (FR), il a été mis en service par la police fribourgeoise le 22 juillet. Et en l'espace d'une semaine, soit du jeudi 24 au mercredi 30 juillet, il a flashé six gros excès de vitesse. Le plus petit affichait 190 km/h et le plus gros 250 km/h. «Il s'agit d'ailleurs du record de vitesse sur une route fribourgeoise», note Benoît Dumas, porte-parole de la police («Le Matin» d'hier et du 29 juillet).

Et cette palme a été «remportée» par une Ferrari française sans plaque à l'avant. «Mais avec ce nouveau modèle, on flashe à l'avant et à l'arrière. Et même à très haute vitesse, la photo reste très nette. Ce qui met fin à la légende urbaine qui veut qu'au-dessus de 200 km/h les radars font des photos floues.» Et si la police fribourgeoise a décidé de mettre un radar à cet endroit, «c'est que la densité du trafic y est plus forte en raison des pendulaires entre Fribourg et Berne. Il y a aussi une raison stratégique au niveau du réseau autoroutier national», analyse Benoît Dumas. «Depuis le 1er janvier 2008, les autoroutes et les radars appartiennent à la Confédération. Toutefois, les contrôles sont du ressort des polices cantonales, et les recettes des amendes atterrissent donc dans les caisses des cantons», explique Frédéric Revaz, chargé de l'information à l'Office fédéral des routes (OFROU). «Mais, désormais, c'est notre office qui est chargé du quadrillage du réseau de radars fixes en Suisse.»

COMMENT ATTRAPER UN CHAUFFARD ÉTRANGER?
Même si le conducteur flashé à 250 km/h mardi est Français, il risque de gros ennuis avec la justice. «Nous collaborons avec les centres de coopération policière et douanière. Pour la France, il est basé à Genève. On leur donne le numéro de plaque, et ils recherchent l'identité de l'automobiliste», expose Benoît Dumas. Ensuite, la police envoie directement au propriétaire un formulaire pour connaître l'identité du conducteur au moment de l'infraction. S'il répond, la procédure habituelle s'engage avec le juge d'instruction. S'il n'y a pas de réponse, ce même juge lance une commission rogatoire, et il y a enquête de la police française. Pourtant, tout n'est pas si simple. Selon Frédéric Revaz, de l'OFROU, «ces accords entre les cantons et les centres de coopération n'ont rien d'officiel au niveau national. La Suisse a un seul véritable accord transfrontalier d'échange de données de police: c'est avec l'Allemagne.»

POURQUOI APPUIENT-ILS SUR LE CHAMPIGNON?
Pourquoi ta nt d'excès de vitesse en une semaine cet été? «Durant les vacances, le réseau routier est moins chargé, la route est plus libre, et certaines personnes se laissent tenter par la vitesse. Par ailleurs, notre nouveau radar sur l'A12 à Bösingen surprend les gens qui ne con naissent pas encore son existence. Pour preuve, dans ces six gros excès de vitesse, il y a q uelques plaques étrangères.»

Stefan Siegrist, du Bureau de prévention des accidents (BPA), a rédigé une prise de position sur les chauffards. Il se base sur plusieurs études comportementales pour cerner la psychologie du chauffard: «Les fous du volant notoires sont extrêmement réfractaires aux normes, et leur conduite est marquée par l'image qu'ils se font d'eux-mêmes, à savoir celle de conducteurs sportifs et sachant gérer toute situation. Leur identité et leur confiance en soi sont étroitement liées à une conduite à risque. Certains sont précisément attirés par la possibilité de faire des expériences limites. Dans tous les cas, leur comportement obéit à une démarche émotionnelle.»

QUE RISQUENT-ILS À LAISSER LEURS ÉMOTIONS FLIRTER AVEC LA PÉDALE DES GAZ?
«Jusqu'à 145 km/h, pour une vitesse limitée 120 km/h sur l'autoroute, ils seront puni s par une amende d'ordre», explique Frédéric Revaz, chargé de l'information à l'Office fédéral des routes. «Après, il y a une décision du juge ou du préfet, selon les cantons. Elle se base sur trois éléments: les antécédents de l'automobiliste, sa situation fiscale et la nature de l'excès de vitesse.»

Outre le retrait de base d'un à trois mois, le permis peut être retiré jusqu'à deux ans, voire de manière indéterminée. «Il peut même y avoir un retrait de sécurité en cas de gros excès, assorti d'une expertise psychologique. En 2007, 546 retraits préventifs ont été prononcés en Suisse pour cause d'excès de vitesse.» A ce propos, Nathalie Rüfenacht, du BPA, rappelle qu'il existe des cours nommés «Virage». «Ils sont notamment destinés à des chauffards dont le permis a été retiré pour une durée indéterminée. Après un module de sept cours, ils peuvent passer devant un psychologue qui examinera s'ils sont de nouveau aptes à conduire.»


Voici la vraie photo de la Ferrari française flashée mardi sur l'autoroute A12. Même à 250 km/h, elle est très nette. DR

Pourquoi rouler trop vite est dangereux

«En 2006, en Suisse, 30% des blessés graves et des tués ont été victimes d'une vitesse inadaptée ou excessive», selon les dernières données collectées dans le rapport SINUS 2007 du Bureau de prévention des accidents (BPA).

C'est en début de matinée (entre 7 h et 9 h) et en début de soirée (entre 17 h et 19 h) que les accidents dus à la vitesse occasionnent le plus de victimes. «Les automobilistes veulent se rendre le plus vite possible à l'endroit souhaité et ils roulent plus vite dans les secteurs où ils sentent qu'il n'y a pas de contrôle», complète Frédéric Revaz, chargé de l'information à l'Office fédéral des routes.

Enfin, selon le rapport du BPA, «c'est sur les routes hors des localités que les accidents liés à la vitesse occasionnent le plus de blessés graves et de tués».

Quand devient-on un chauffard?

«Le mot «chauffard» n'est pas défini dans la loi», explique Frédéric Revaz, chargé de l'information auprès de l'Office fédéral des routes. «Mais avec un dépassement de plus de 30 km/h en zone 50 km/h, et lorsqu'un automobiliste roule à 170 km/h sur l'autoroute, il s'agit de gros excès de vitesse.»

En clair, la loi sur la circulation routière insiste plutôt sur trois degrés d'infractions: «légère, moyennement grave et grave».

En 2007, on a recensé pour toute la Suisse 31678 retraits de permis pour excès de vitesse. Frédéric Revaz: «Tout conducteur pincé en gros excès de vitesse peut se voir retirer son permis pour une durée indéterminée. C'est ce qu'on appelle le retrait préventif. Jusqu'à ce que le conducteur ait prouvé son aptitude à la conduite. En général, une expertise est effectuée.» Pour 2007, en Suisse, 546 retraits préventifs ont été prononcés.

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