vendredi, 3 août 2007

L'engin qui a explosé sur le Grütli était plus qu'un simple pétard

Le Temps - Suisse

L'engin qui a explosé sur le Grütli était plus qu'un simple pétard

L´ambiance bon enfant qui régnait sur la prairie mercredi 1er août aurait pu tourner au drame. Photo: Keystone
1ER AOUT. La déflagration aurait pu faire des blessés. Elle serait due à un engin pyrotechnique à usage industriel disponible dans le commerce. La prévention d'un tel acte est difficile et coûteuse.




Valérie de Graffenried, Collaboration: Sylvie Arsever
Vendredi 3 août 2007




Micheline Calmy-Rey peut savourer la réussite de sa fête du 1er Août sur le Grütli (LT du 2.08.07). Elle a toutefois dû, mercredi, quitter la prairie un peu plus vite que prévu en raison d'une curieuse explosion survenue vers 16h20, juste après la fin de la cérémonie. Une explosion à laquelle la majorité des participants n'a pas prêté attention: beaucoup se dirigeaient déjà vers les bateaux pour rejoindre Lucerne.

La présidente de la Confédération était en pleine interview lorsque la détonation a eu lieu. Son service de sécurité a alors décidé de quitter rapidement les lieux. Au Tages-Anzeiger, Micheline Calmy-Rey a déclaré: «Cela aurait pu blesser des personnes. C'est un acte criminel, irresponsable.» Sur les ondes de la DRS, le conseiller d'Etat uranais Josef Dittli a voulu se montrer moins alarmiste. Selon lui, la ou les personnes qui ont actionné l'engin étaient bien motivées par des intentions criminelles, mais «leur but était apparemment de perturber la fête et non de faire des blessés».

Une fusée de détresse?

Selon de premières informations, l'engin en question n'est pas un simple gros pétard. Mais un engin pyrotechnique à usage industriel et non récréatif, dont l'explosion aurait été provoquée par un déclencheur à retardement, précise Karl Egli, porte-parole de la police uranaise. Il pourrait s'agir d'une fusée de détresse comme celles utilisées pour émettre des signaux en mer ou en montagne. Ce type d'objet peut s'acheter dans des magasins spécialisés à partir d'une trentaine de francs.

L'engin, emballé dans un sac en plastique, était enterré à une trentaine de mètres du podium où les orateurs, dont Micheline Calmy-Rey, se sont succédé, et son explosion a laissé un trou d'une vingtaine de centimètres de profondeur. «L'engin aurait pu provoquer des brûlures, des pertes de doigts ou d'yeux. Ou davantage si un nourrisson s'était trouvé à proximité», analyse Yvan Perrin, conseiller national (UDC/NE) et policier.

Il ajoute: «Une fusée de détresse ou tout pétard qui contient de la poudre noire, ce mélange déflagrant composé de salpêtre, de soufre et de charbon de bois, peut facilement être transformé en petite bombe si on confine le matériel explosif dans un tube en plomb ou en aluminium. Le fait de l'enterrer augmente également la puissance de la charge.»

L'inspecteur Bernard Bersier, chef du Service des armes, explosifs et autorisations de la police cantonale genevoise, livre la même analyse. Le simple fait d'avoir enterré l'engin - rien ne permet pour l'instant de savoir s'il a été trafiqué - est donc déjà une bonne piste pour juger de l'intention criminelle de l'acte. Quant au déclencheur à retardement, il peut se fabriquer à partir d'un simple réveil. Il suffit de relier deux électrodes placées sur les aiguilles à l'explosif. Et l'explosion se fait lorsque les deux aiguilles se touchent, soit après au maximum une heure. «Mais il existe des systèmes plus perfectionnés qui peuvent être actionnés plusieurs mois à l'avance», précise Bernard Bersier.

Rallonger la facture

Difficile dans de telles conditions d'éviter qu'un tel événement se reproduise. «On ne peut rien garantir à 100%», insiste Karl Egli. Le danger peut être diminué en effectuant des contrôles beaucoup plus stricts sur la prairie, avec par exemple des détecteurs de métaux ou des chiens capables de déceler la présence d'explosifs, ce dont ne dispose pour l'instant pas la police uranaise. Mais cela rallongerait inévitablement la facture des festivités. Or, l'édition 2007 du 1er Août sur le Grütli a bien failli ne pas avoir lieu en raison des coûts de sécurité, que les cantons n'ont pas voulu assumer seuls. Voilà qui pourrait donc compliquer la tâche de la Commission du Grütli pour l'organisation de l'édition 2008.

Aucune piste sérieuse quant aux auteurs de l'acte ne semble pour l'instant privilégiée. La police uranaise a ouvert une enquête contre inconnu pour «mise en danger au moyen d'explosifs». Les délits d'explosifs étant de la compétence fédérale, l'enquête est du ressort de l'Office central pour les explosifs et la pyrotechnie. Mais c'est le service de recherche scientifique de la police de Zurich qui mène l'enquête technique.








Que restera-t-il de la Fête nationale 2007?
Le succès est lié à la proximité des élections.
Bernard Wuthrich, Berne
Que restera-t-il de l'élan de patriotisme suscité par Micheline Calmy-Rey? La mobilisation du Grütli aura sans doute davantage servi la cause de la présidente que celle du PS. Celui-ci ne devrait guère en tirer profit dans la perspective des élections de cet automne, même s'il est indéniable que le succès de l'opération Grütli ne peut être dissocié de la proximité de cette échéance. La situation promet en outre d'être très différente l'an prochain, car il paraît peu probable que Pascal Couchepin, qui succédera à la Genevoise, réédite le coup du Grütli.

Qu'en dit-on outre-Sarine? L'éditorialiste du Bund relève que, «en année électorale, le 1er Août a atteint, avec Micheline Calmy-Rey et Christoph Blocher comme principaux protagonistes, un nouveau degré de personnalisation». D'un côté, une présidente se présentant comme une «Helvetia moderne qui défend une Suisse ouverte, solidaire et multiculturelle» et, de l'autre, un «vieux routier [...] qui suggère que la gauche et le centre veulent brader l'âme suisse».

Fête des femmes

Le commentateur bernois relève que «les stratèges des partis et les conseillers fédéraux ont instrumentalisé le 1er Août pour les élections fédérales», mais il prévient: «Le Conseil fédéral ne doit en aucun cas ériger la manifestation du Grütli au rang de célébration nationale officielle.»

La Basler Zeitung note que Micheline Calmy-Rey et Christine Egerszegi ont réussi à faire du Grütli une fête des femmes. C'est précisément ce que reproche la Neue Luzerner Zeitung à la présidente. Pour le quotidien de Suisse centrale, la fête nationale doit rassembler et non diviser. «Elle a fait du patriotisme, à juste titre, l'affaire de tous.» Mais elle a aussi «caressé de vieux clichés féministes de mauvais goût. [...] Il a manqué peu pour qu'elle remplace le conflit gauche-droite de ces dernières années par un nouveau clivage entre les sexes.»



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