samedi, 13 septembre 2008

«De Genève à Zurich, Swisscom aura raccordé 100?000 ménages en fibre optique à fin 2009»

«De Genève à Zurich, Swisscom aura raccordé 100?000 ménages en fibre optique à fin 2009»





L'interview de la semaine. Carsten Schloter, directeur de Swisscom.


Anouch Seydtaghia
Samedi 13 septembre 2008



«Le plus grand plan d'investissement jamais lancé par Swisscom.» Voilà ce qu'annonce son directeur, Carsten Schloter. L'opérateur se lance dans l'équipement du pays en fibre optique. Le réseau de cuivre a vécu. Place à un réseau ultrarapide en fibre, permettant d'accéder à Internet à plus de 100 mbit/s. Carsten Schloter détaille ses plans et évoque la concurrence qu'offrent déjà d'autres opérateurs sur ce nouveau marché.

Le Temps: Quelles sont vos ambitions en fibre optique?

Carsten Schloter:De Genève à Zurich, Swisscom comptera 100000 ménages raccordés en fibre optique fin 2009. Nous avons déjà eu des permis de construire dans ces deux villes et sommes en processus avancé à Bâle. Nous posons plusieurs fibres par ménage, et nous discutons partout avec des partenaires potentiels. Les accords qui pourraient être noués avec eux sont envisageables tant dans les villes où nous avons déjà un début de propre réseau que dans les villes où nous ne sommes pas encore présents. D'ici à fin 2009, nous proposerons aussi de la fibre à Berne, Saint-Gall, Fribourg, Lausanne, plus une ville au Tessin et une autre en Suisse romande.

- Les ménages ainsi raccordés bénéficieront-ils immédiatement d'offres concrètes?

- Oui. D'ici à la fin de l'année, nous allons d'abord mener un test pilote dans une ville. Ensuite, nous proposerons des services sur fibre dès qu'un quartier sera équipé. Nous voulons avancer ainsi rapidement de manière très locale. Car il est exclu d'attendre huit ans, lorsque nous espérons avoir couvert la grande majorité des ménages suisses en fibre, pour lancer des services.

- Concrètement, comment cela se passe-t-il à Genève et à Zurich?

- Début septembre, les travaux de génie civil ont débuté. D'abord, nous négocions avec les propriétaires des immeubles pour qu'ils soient d'accord que nous équipions leur bâtiment. Le taux d'acceptation est de 100% à Genève, 99% à Zurich. En général, ce sont eux qui financent l'installation locale.

- Tirez-vous la fibre directement depuis vos centraux?

- Soit depuis les centraux, soit depuis des installations avancées. Puis nous allons d'abord dans la cave avec nos quatre fibres, et effectuons ensuite le câblage vertical de l'immeuble. Nous venons ainsi à la porte de chaque appartement, mais n'effectuons pas le câblage intérieur. Car nous voulons d'abord qu'un standard émerge pour les raccordements intérieurs et qu'il soit le même pour toutes les firmes qui posent de la fibre.

- Combien coûtera au total l'édification de ce réseau de fibre?

- Nous allons investir environ 8 milliards de francs sur six ans sur notre réseau et dans l'informatique, dont la majorité pour la fibre optique. Nous poursuivons des investissements ponctuels en VDSL, mais uniquement là où la demande actuelle est forte, ou dans des endroits où la fibre ne sera pas déployée avant longtemps.

- Combien vous coûte le raccordement d'un ménage en fibre?

- Entre 2000 et 5000 francs, selon que l'on est en ville ou dans un environnement moins dense. Nous prenons un certain risque en équipant des immeubles entiers, car nous ne savons pas quels ménages vont, au final, s'abonner à nos offres. Et nous ne savons pas quels seront les prix des services dans vingt à trente ans, soit le temps qu'il faudra pour rentabiliser ces investissements... C'est l'investissement le plus risqué que nous ayons jamais fait.

- La fracture entre villes et campagne risque de s'accroître en Suisse...

- Oui, c'est un risque qu'on ne peut pas exclure, car nous sommes financièrement et stratégiquement obligés de commencer à équiper les villes. Ce déploiement prend du temps. Par ailleurs, nous ferons face à une forte concurrence dans les villes, et la pression sur les prix sera forte. Or actuellement ce sont, par un principe de redistribution, les lignes de cuivre des villes qui financent celles des campagnes, bien plus coûteuses. Il est possible que le régulateur doive intervenir pour veiller à ce que les investissements se fassent partout.

- Qu'attendez-vous alors du régulateur? Qu'il impose un prix minimal?

- Ce serait l'idéal (rires). Sérieusement, il est trop tôt pour le dire. Si on constate que les prix dans les centres urbains descendent trop bas, il faudra, peut-être, recréer un système de redistribution assurant le financement en dehors des centres urbains. La politique, au vu de la loi actuelle, a les moyens d'agir. Peut-être avec la création d'un fonds commun.

- Le régulateur pourrait aussi intervenir contre Swisscom, en vous forçant à louer votre réseau de fibre selon certaines modalités, si des concurrents estiment que vos prix sont trop élevés...

- Soit nous proposons aux autres acteurs de partager les coûts de construction, en étant transparents et en ne faisant aucune marge. Et cela dans les deux sens. Soit nous proposons de louer notre fibre, comme le font les services industriels de Zurich. Le prix de location inclura une prime de risque sur les investissements effectués. Un acteur qui n'a pas l'intention d'investir en fibre se plaindra toujours que ce prix est trop élevé... du moment qu'il est supérieur à zéro.

- Dans le premier scénario, celui du partage des coûts d'équipement, qui est propriétaire de la fibre?

- Nous posons toujours quatre fibres. Chaque opérateur est propriétaire de sa fibre. Nous ferons bientôt des annonces de partenariat.

- Dans le second scénario, des opérateurs estimeront certainement que vos prix sont trop élevés.

- Peut-être. Certains le feront quel que soit le prix. Ils pourront comparer notre offre avec celle des services industriels locaux.

- Collaborez-vous avec les services industriels de Zurich?

- Non. Un réseau de fibre optique se décompose en trois couches. La première est le câble physique. La deuxième est l'électronique à chaque bout, qui permet de gérer la bande passante. La troisième, ce sont les services, comme la télévision. Pour que le consommateur ait le choix et que la concurrence joue, il est indispensable pour un opérateur de maîtriser les couches deux et trois. Or ces services industriels ne louent que la troisième couche.

- Pourriez-vous louer de la fibre, ou voulez-vous en être propriétaire?

- Si nous pouvons louer de la fibre de couche une, nous le ferons.

- Le Conseil national débattra bientôt d'une motion demandant qu'un seul réseau de fibre soit installé en Suisse. Qu'en pensez-vous?

- C'est notre modèle: pour un immeuble, sur la couche une, il n'y aura qu'un câble de posé. C'est pour cela que nous tendons la main à tous nos partenaires potentiels pour construire ensemble et poser plusieurs fibres dans le même câble. Mais il serait faux que les couches deux et/ou trois soient opérées par un seul acteur. A ces niveaux, la concurrence doit jouer pour que le consommateur ait le choix entre plusieurs offres.

- Comment cela se passe-t-il lorsque Swisscom et des services industriels veulent équiper le même bâtiment?

- Pour l'instant, le propriétaire laisse entrer le premier qui arrive. Pour lui, il est exclu de faire des travaux deux fois. Pour celui qui arrive après, c'est trop tard, à moins que le premier opérateur ait d'office posé plusieurs fibres. Et c'est notre démarche.

- Quels nouveaux services envisagez-vous sur fibre optique?

- Il sera possible de diffuser davantage de chaînes de télévision en haute définition. Ensuite, je pense au stockage des données à distance, qui sera facilité, notamment grâce à un réseau de débit symétrique. Enfin les services, de type YouTube, s'adaptent à la largeur de bande. Peut-être que YouTube, dans dix ans, sera disponible en haute définition.

- Récemment, la Commission de la concurrence, celle de la communication et Monsieur Prix ont demandé un changement de loi: que les prix régulés soient fixés immédiatement, et non plus après une longue phase de discussion entre Swisscom et ses concurrents. Qu'en pensez-vous?

- Cela crée le risque de changer toute la loi. Vu la durée du processus démocratique, nous aurons une incertitude totale sur l'étendue des modifications pendant deux ans. Prendre ce risque alors que la Suisse est le seul pays européen où autant d'acteurs ont décidé d'investir dans la fibre revient à plonger toutes ces entreprises dans une trop grande incertitude. Et regardons ce qui s'est passé sur le réseau fixe: après dix ans de régulation, nous avons les prix parmi les plus bas d'Europe.

- Mais les trois autorités parlent du dernier kilomètre, et du prix final qui n'a toujours pas été fixé, alors que la loi est entrée en vigueur le 1er avril 2007...

- Oui mais, si l'on révise la loi, cela va prendre deux ans. D'ici là, le prix aura été fixé. De plus, les opérateurs alternatifs demandent quatre francs de moins que le prix que nous proposons... Cela ne peut pas les empêcher de lancer de nouvelles offres. Regardez ce que fait Sunrise: il offre gratuitement l'accès à Internet. Or ses parts de marché ne progressent pas. Donc le prix n'a pas autant d'importance.









«Les grands problèmes de Bluewin TV ont été réglés»

L'offre de télévision sera désormais étoffée.

Anouch Seydtaghia

Le Temps: En un an, Bluewin TV a gagné 40000 clients, pour en compter au total 80 000 à mi-2008. En face, Cablecom a gagné 21000 clients pour sa seule offre numérique ces trois derniers mois. Vos chiffres ne sont pas très bons...

Carsten Schloter: Si, car au deuxième trimestre, Bluewin TV a réussi à obtenir entre 40 et 50% des nouveaux abonnés. De plus, notre service est désormais exempt de bugs. Nous avons arrêté l'an passé de promouvoir notre service pour régler ces problèmes, ce qui a freiné l'acquisition de nouveaux clients. Depuis Pâques, nous avons relancé toutes les activités. Les résultats sont très satisfaisants.

- Il reste encore tout de même des soucis techniques, comme ce léger décalage entre le son et l'image.

- Les grands problèmes ont été réglés. Nous faisons des interventions chez des clients isolés pour résoudre des soucis spécifiques.

- De nombreux clients Swisscom ne peuvent pas recevoir votre service...

- Nous améliorons progressivement la bande passante.

- Vous êtes satisfait du nombre de matches vendus à l'unité, mais en même temps vous ne proposez toujours pas Eurosport en français.

- Certes, mais nous avons passé nos douze derniers mois à régler les problèmes techniques. Nous allons élargir notre offre des chaînes de base. Eurosport sera disponible durant ce mois.

- Vous avez signé avec Zattoo pour permettre à vos clients internet d'accéder à ses programmes TV avec une bonne qualité. N'y a-t-il pas un risque de cannibaliser votre propre offre?

- Je ne crois pas, car les utilisateurs de Zattoo regardent ce service plutôt via leur ordinateur. Je pense d'ailleurs que nous devrions signer davantage d'accords de ce type avec des fournisseurs de services via Internet. De toute façon, la concurrence va s'étoffer dans ce domaine. Apple, qui a lancé son service de téléchargement de films aux Etats-Unis, va forcément le proposer en Europe. Cette concurrence est saine.

- Verra-t-on un jour l'ombre d'une fesse dans des films érotiques diffusés sur Bluewin TV?

- Je suis personnellement un peu réservé. Aucune décision n'a été prise dans ce sens.






De Mercedes à Swisscom

Anouch Seydtaghia

Carsten Schloter a succédé à Jens Alder en janvier 2006 à la tête de Swisscom. Auparavant, il était responsable de l'unité Mobile. Avant d'entrer au service de Swisscom en 2000, Carsten Schloter a travaillé pour Mercedes et l'opérateur Debitel en France et en Allemagne. Véritable «homotechnologicus» - il a été l'un des premiers Suisses à exhiber fièrement son iPhone dès 2007 -, il avait auparavant étudié l'économie d'entreprise et l'informatique.

Il est Allemand et parle parfaitement le français.

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