lundi, 2 juillet 2007

Le Temps - Multimédia

Le Temps - Multimédia


En attendant l'iPhone...
TELECOMS. Engouement pour le nouvel appareil entre téléphone et baladeur.
Luis Lema, New YorkLundi 2 juillet 2007
Les attentes sont trop grandes, il faut bien se résoudre à y aller. C'est «le téléphone portable de Jésus», avaient présagé les blogueurs. «Il guérit même le cancer», avait ironisé un magazine. Impossible, pourtant, d'être fixé. Les approches auprès des employés n'avaient rien donné, même les plus sournoises. Pas un mot ne devait filtrer: ni le nombre de machines disponibles, ni même l'heure à laquelle le stock allait arriver. Rien, si ce n'est cette promesse de Steve Jobs, le gourou d'Apple: entre téléphone et baladeur, le nouvel appareil sera «révolutionnaire». Rien de moins. Il faut donc s'y résoudre: se mettre dans la queue, devant le cube d'Apple de la 5e avenue, et attendre que s'ouvre le magasin-sésame, vendredi à 18 heures tapantes. Le correspondant du Temps sera dans les premiers à avoir un iPhone entre les mains. Qu'on se le dise. En réalité, cela fait déjà bien longtemps que les derniers arrivés ne voient plus le cube en verre orné de la pomme. La queue s'allonge sur plusieurs centaines de mètres et, bientôt, elle fera le tour de tout le pâté de maisons. A l'autre bout, les premiers attendent là depuis près d'une semaine. Interrogés par des dizaines de journalistes, ils ont déjà touché leur part de célébrité. Mais il y a encore des miettes de gloire à ramasser dans cet événement médiatique mondial. Les bus touristiques qui passent sur la 6e avenue (oui, la fin de la queue est pour l'instant sur la 6e...) ont inclus cette curiosité dans leur tour. Les touristes mitraillent à qui mieux mieux. Un policier se fâche contre d'autres curieux qui s'attroupent, appareil photo en main, au risque de bloquer pour de bon les artères: «Vous ne savez même pas qui vous photographiez! Circulez!» C'est vrai, qui sont-ils, au juste, tous ces mordus de la pomme, prêts à dilapider une journée entière afin d'être sûrs de rentrer avec leur iPhone? Il y a là, par exemple, Parshad et Iriene, jeune couple «just married», qui est venu avec des chaises pliables passer une petite partie de sa lune de miel sur le trottoir. Il est installateur de matériel Mac, précisément. Tous deux font partie de la grande famille Apple, à New York presque un Etat dans l'Etat, dont les membres sont autant reconnaissables à leur dégaine qu'au iPod qu'ils portent invariablement autour du cou. «Je trouve très beau qu'il n'y ait pas de favoritisme. C'est très Apple», explique Parshad, 30 ans, short et t-shirt délavé, en justifiant le fait qu'il doive faire la queue comme tout le monde, famille ou pas. Avec sa femme, ils sont arrivés à sept heures du matin. «On voulait assister à tout ça», résument-ils de concert. Il est enfin dix-huit heures. Les équipes de télévision font leurs flashs en direct, avec notre cordée en toile de fond. Il y a même des hélicoptères dans le ciel. Le premier client fait son entrée triomphale sous le gros cube dont les portes se sont ouvertes. La file frémit. Stefany aussi, même s'il lui reste encore près de deux heures à patienter. L'iPhone? «C'est un téléphone, mais il fait tout mieux que les autres», s'exclame-t-elle, sûre d'elle. Cette jeune femme d'origine asiatique, 25 ans et un sourire indétrônable, a pris congé toute la journée dans la banque (suisse) qui l'emploie. Elle a déjà un iPod (deux, en réalité), elle a un ordinateur Mac, un téléphone dernier cri. Six cents dollars, et douze heures de queue, n'est-ce pas un peu cher payé pour ce que lui apportera de plus son futur iPhone? «Ça vaut vraiment la peine, s'enthousiasme-t-elle, euphorique. Je ne le revendrais pas, même pour 3000 dollars. Enfin, si quelqu'un me l'achetait pour 3000...» La file, maintenant en mouvement, a fini de se transformer en foire. Une marque d'eau distribue des bouteilles, une marque de café, des cafés, un fournisseur de meubles remballe les sièges qu'il a mis à disposition. Une militante écologiste demande aux futurs acheteurs s'ils ont déjà pensé ce qu'ils allaient faire de leur ancien téléphone; un autre s'est déguisé en éléphant mauve et demande combien de repas on pourrait distribuer en Afrique avec le prix d'un seul téléphone. Il y a aussi un activiste qui veut lancer un mouvement pour «libérer l'iPhone» et le rendre compatible avec d'autres qu'ATT, le fournisseur avec lequel il est lié aux Etats-Unis. Le cube est en vue, à présent. On fait des signes de victoire à la famille venue immortaliser ce moment. A l'entrée, le personnel d'Apple applaudit les valeureux, comme des marathoniens sur la ligne d'arrivée. Il y a des dizaines de caissiers à l'intérieur, et un seul produit à vendre, version 4 ou 8 gigabytes. C'est affaire de quelques minutes. Mais le plus dur reste à faire: maintenant, il faut traverser Manhattan, et croiser des milliers de New-Yorkais, l'iPhone emballé dans un luxueux sac spécial qui trahit à dessein son contenu. «Waouh, c'est l'iPhone! Je peux le voir?»



D'un simple coup de l'index...
Luis Lema Révolutionnaire, vraiment? Lorsqu'il arrivera sur le Vieux Continent, à la fin de l'année, l'iPhone ravira sans doute les Européens de la même manière qu'il commence à emballer les Américains. Même si, c'est vrai, il n'est pas exempt de défauts. Mais d'abord les prouesses: sa grande surface, toute d'écran tactile, a de quoi faire pâlir d'envie la plupart des concurrents. En deux tapotements du doigt, voilà Internet, où l'on navigue aisément. Une caresse de l'index déplace la page, un écartement de deux doigts agit comme un zoom sur une zone particulière, qui s'affiche en hauteur ou en largeur, selon la position dans laquelle on tient l'appareil. Le volet «iPod», lui aussi semble presque magique. Les vidéos sont prêtes à être visualisées, avec un accès direct à Youtube. Et les albums de musique téléchargés valsent tout pareil, d'un simple coup de l'index, en attendant d'être choisis. En quelques secondes, une adresse ou un trajet peuvent être trouvés, en deux ou trois dimensions grâce à Google Earth. La caméra intégrée fait des merveilles, elle aussi, pour autant que le sujet soit immobile et bien éclairé. On zoome encore à l'envi sur un détail du cliché. Mais il est plus difficile d'en faire profiter ses proches: impossible d'envoyer les images par message instantané. Il faut les convertir en pièces jointes, et passer par Internet. Ce sont les aspects téléphone et SMS que le clavier tactile rend plus compliqués. Pour introduire une virgule ou un chiffre dans un message, il faut changer de clavier (les accents sont absents dans la version américaine). Il faut s'attendre à pas mal de fautes de frappe, du moins au début. Bien que l'engin puisse se synchroniser avec un PC, c'est par le seul iTunes que l'on charge la musique. Le téléphone, qui «s'active» à la maison devant son ordinateur, ne permet pas davantage de choisir l'opérateur. Aux Etats-Unis, ATT n'est pas, loin de là, l'opérateur le plus rapide pour la transmission des données par Internet. Mais il reste le Wi-Fi pour éviter trop de lenteur. Vrai point noir: la batterie. Censée résister à 300 ou 400 chargements, elle ne peut être changée que par le fabricant. Il faudra donc se séparer de son iPhone. Une perspective qui est déjà un crève-cœur...