vendredi, 1 juin 2007

Aldi casse les prix... et les conditions de travail

Aldi casse les prix... et les conditions de travail
Unia dénonce la politique antisociale et antisyndicale du géant allemand, installé depuis un an en Suisse

Le casseur de prix allemand devrait faire son entrée en 2007 en Suisse romande. Les premiers coups de pioche du centre de distribution romand d'Aldi viennent d'être donnés à Domdidier près d'Avenches, des permis de construire ont été accordés à Bulle, Collombey et Bussigny et des discussions sont en cours à Morges. Mais cela fait déjà une année qu'Aldi est installé en Suisse alémanique avec l'ouverture, fin octobre 2005, de quatre magasins. Il en compte aujourd'hui 19 et son objectif est d'en ouvrir 300, dont une trentaine en terre romande. Unia a tiré le bilan de cette première année en Suisse et confirme les craintes exprimées lors de son implantation. Fin octobre, le syndicat dénonçait le fait qu'Aldi mène la même politique antisociale et antisyndicale qu'en Allemagne.

Personnel flexible
Ainsi, Aldi n'engage que du personnel à 50%, mis à part les responsables de filiales, ce qui lui permet d'économiser sur les cotisations à la caisse de retraite et de constituer une réserve d'employés flexibles, obligés d'effectuer des heures supplémentaires annoncées à la dernière minute. Dans la presse, Aldi a rétorqué en disant que ses salaires étaient supérieurs à la moyenne. «Ils paient 3696 francs la première année et 3864 francs la deuxième. C'est donc effectivement un peu plus haut que chez Coop et Migros. Mais avec du personnel à 50%, Aldi économise sur la caisse de retraite. Et si l'on regarde les autres conditions de travail, par exemple le temps de travail, le congé maternité ou les vacances, Aldi est bien en dessous de Coop et Migros», précise Robert Schwarzer, responsable Unia pour le commerce de détail en Suisse alémanique.
Unia dénonce également l'interdiction de travailler chez un concurrent pour compléter le temps de travail, le climat de répression et de délation au sein de l'entreprise et l'interdiction faite aux employés de s'adresser au syndicat ou aux médias pour informer de leurs conditions de travail ou se défendre.

Coupe de cheveux ou boulot, il faut choisir
Aldi se distingue encore par son ingérence dans la vie privée du personnel, en se réservant le droit d'autoriser des activités bénévoles en dehors du temps de travail, et par ses atteintes à leur personnalité en interdisant par exemple de porter des piercings. En Suisse allemande, explique Robert Schwarzer, une vendeuse à la coiffure rasta a été licenciée car, selon le porte-parole d'Aldi, elle avait choisi sa coiffure plutôt que son job! Là encore, Aldi dément cette ingérence dans la vie privée en expliquant que les contrats ont été modifiés. Mais Aldi refuse d'en remettre un exemplaire à Unia et les employés ne l'ont toujours pas reçu...
Unia exige d'Aldi de corriger ses conditions de travail inacceptables, de respecter les droits du personnel et la liberté syndicale. Unia a demandé à plusieurs reprises à Aldi d'ouvrir des négociations pour améliorer les conditions de travail et discuter d'une CCT. Mais «Aldi refuse le dialogue depuis longtemps», précise Robert Schwarzer.

Sylviane Herranz

Edition n° 46/47 du 15 novembre 2006

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