jeudi, 1 février 2007

Comment l'une des plus grandes arnaques du Net suisse a eu lieu sur Ricardo.ch

Comment l'une des plus grandes arnaques du Net suisse a eu lieu sur Ricardo.ch


INTERNET. Une centaine d'utilisateurs du site suisse de vente aux enchères Ricardo.ch ont perdu quelque 500000 francs au total en payant en avance des ordinateurs d'Apple à prix cassés. Les dédommagements seront a priori limités.


Anouch Seydtaghia
Jeudi 1 février 2007

Une police qui ne répond que par e-mail, un vendeur sous enquête qui n'a pas peur de parler à la télévision, des victimes qui ont perdu au total près de 500000 francs... Jamais le Web suisse n'avait connu pareille situation. Pour plusieurs dizaines d'internautes, dont de nombreux Romands, 2007 commence de façon douloureuse: ils réalisent ces jours qu'ils ont perdu chacun entre 1000 et 3000 francs. La faute à un vendeur douteux qui leur promettait, sur le site de vente aux enchères Ricardo.ch, des ordinateurs Apple à prix cassés.

Frédéric Rody, enseignant à Bulle, fait partie des victimes. «Cela faisait un an que je voyais ce vendeur proposer des ordinateurs à prix très intéressants sur Ricardo.ch. Je me méfiais, mais quand j'ai vu qu'il avait récolté plus de mille évaluations positives, je me suis lancé mi-décembre en payant une machine 1230 francs au lieu de 1690. Dimanche passé, j'ai vu que le compte du vendeur était fermé... Du coup, j'ai peu d'espoir de voir la couleur de mon argent...» Graphiste à Genève, Yashka Steiner a perdu davantage encore: «Le 8 janvier, j'ai payé 2710 francs un MacBook Pro, au lieu des 3549 francs officiels. Le vendeur demandait un versement en avance, et annonçait six semaines de délai de livraison. Mais je me suis très vite rendu compte de mon erreur...»

L'affaire qui se dessine est doublement extraordinaire. D'abord, jamais une arnaque de cette ampleur n'a eu lieu en Suisse - d'après une estimation provisoire, près de 150 personnes ont été grugées, pour un montant estimé à 500000 francs. Ensuite, c'est la première fois que le système d'évaluation de Ricardo.ch, numéro un de la vente aux enchères en Suisse, a été pareillement pris en défaut. D'habitude, le système fonctionne à merveille: après chaque transaction, l'acheteur publie une évaluation du vendeur. Plus ce dernier a d'évaluations positives, plus il est réputé fiable. «Jamais nous n'avons été confrontés à un tel problème», reconnaît Mojca Fuks, porte-parole de Ricardo.ch. Le vendeur, qui agissait sous le pseudo «apfelrechner», possédait fin 2006 plus de 1000 évaluations positives. Mi-janvier, le vent tourne, et les internautes arnaqués publient des évaluations incendiaires. Certains reprochent au site d'avoir intentionnellement effacé de mauvaises évaluations... ce que Ricardo.ch reconnaît en partie. «Lorsque tant le vendeur que l'acheteur demandent d'en effacer, nous le faisons, admet Mojca Fuks. Ce qui a été fait concernant «apfelrechner». Et comme l'a démontré l'hebdomadaire SonntagsZeitung, il est possible de créer de faux acheteurs temporaires pour recevoir de bonnes évaluations à peu de frais... Le vendeur a donc profité des failles du système, mais Mojca Fuks affirme que «Ricardo.ch ne va pas modifier ses pratiques».

Le vendeur n'a pas répondu à notre e-mail, mais il s'est exprimé à visage masqué mardi soir lors de l'émission «Kassensturz», pendant alémanique d'«A bon entendeur». Apparemment, sa stratégie était d'acheter des Macs à prix normal auprès de distributeurs agréés Apple, puis de les revendre à prix cassés - de nombreux internautes ont effectivement profité de ses tarifs et reçu leurs machines. Accumulant les dettes, le vendeur n'a finalement plus livré ses acheteurs, qui tous avaient payé en avance. Le vendeur ne regrette pas sa stratégie dite de la «boule de neige». Il affirme avoir réalisé un chiffre d'affaires de plusieurs millions, et a déclaré qu'il voudrait ouvrir un vrai magasin et offrir des services.

Alertée par de nombreux internautes qui ont déposé plainte, la police cantonale d'Argovie a ouvert une enquête et contacté Ricardo.ch qui fermait le compte «apfelrechner» le 18 janvier. «Avant cela, aucune raison ne justifiait l'exclusion de ce membre», se défend Ricardo.ch. «Les responsables du site avaient découvert les problèmes plusieurs jours avant, ils ont agi avec légèreté en intervenant si tard», se plaint Frédéric Rody. Du côté de la police, silence radio: il faut contacter par e-mail le responsable du dossier, qui n'a pas répondu hier.

Que peuvent espérer les victimes? Ricardo.ch leur promet 250 francs de dédommagement, comme les conditions générales le stipulent. L'espoir de récupérer sa mise semble ainsi ténu, ce qui ne va pas décourager les utilisateurs du site. Mais ils deviendront très méfiants. «Je ne réitérerai un achat sur ce site que si le système d'évaluation est revu, que le profil des vendeurs devient plus transparent et que Ricardo.ch prenne ses responsabilités», affirme Yashka Steiner. Pour la plupart, les victimes de «apfelrechner» sont des habitués de Ricardo.ch - Yashka Steiner avait par exemple déjà acheté un minibus et un projecteur vidéo. Mais il est possible que le paiement par avance, pour les montants importants, soit en net recul sur le site.







Ricardo.ch, numéro un en Suisse

Anouch Seydtaghia

En Suisse, eBay n'est pas numéro un dans la vente aux enchères sur Internet, c'est Ricardo.ch. Fondé en 1999, le site est depuis fin 2000 membres du groupe QXLricardo, basé à Londres. Ricardo.ch compte aujourd'hui 450000 enchères ouvertes, et emploie 60 collaborateurs. Le site prélève une commission de quelques centimes lors de la présentation d'objet, et une seconde commission de 1,5 à 4,5% lors de la vente. Les acheteurs évaluent les vendeurs, ce qui a permis d'éviter, jusqu'à présent, des problèmes importants.

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