samedi, 4 mars 2006

Le véritable Internet à haut débit arrive. Comment en profiter?

Le véritable Internet à haut débit arrive. Comment en profiter?

• Swisscom et Cablecom améliorent sensiblement leurs offres pour l'accès au Web.

Anouch Seydtaghia et Gaël Hurlimann
Samedi 4 mars 2006

Bientôt la fin du ridicule? Pour les internautes suisses, la délivrance approche. Jusqu'à aujourd'hui, ils étaient la risée de l'Europe. Une malheureuse connexion de 600 kbit/s pour 49 francs par mois... Pour le même prix, les citadins français surfent à 20 Mbit/s, soit 33 fois plus vite, et les Allemands jusqu'à 16 Mbit/s. Mais la situation s'améliore. Maîtres de l'accès à Internet, Swisscom et Cablecom viennent de multiplier par trois et respectivement cinq les débits.

Alors, quoi de neuf ?

Aujourd'hui, 1,1 million de Suisses surfent via une connexion ADSL de 600 kbit/s. Le 13 mars, Swisscom triple la bande passante et la fait passer à 2 Mbit/s, toujours pour 49 francs par mois. Simples revendeurs de ce produit, Sunrise, Tele2, VTX et bien sûr Bluewin proposeront automatiquement le même débit à un prix comparable. La moitié des clients ADSL actuels profiteront de ces nouveaux débits le 13 mars, l'autre moitié d'ici à cet été. Pour les internautes plus gourmands en bande passante, deux nouvelles offres sont introduites: l'une à 3,5 Mbit/s pour 69 francs par mois, l'autre à 5 Mbit/s pour 99 francs (voir infographie ci-dessous).

Voilà pour l'ADSL, disponible pour 98% des ménages. Si l'on dispose d'un accès au téléréseau, une alternative existe: l'accès à Internet via le câble. Numéro un en Suisse, Cablecom propose des connexions moins chères et plus généreuses que Swisscom: un abonnement à 3 Mbit/s pour 45 francs, 4 Mbit/s pour 60 francs, et 6 Mbit/s pour 95 francs. Le hic, c'est que Cablecom ne peut proposer Internet qu'à 1,3 million de ménages. Les autres peuvent se tourner vers des petits câblo-opérateurs proposant des produits similaires, telle la Ville de Lausanne, qui a immédiatement adapté ses offres sur celles de Cablecom. Reste que plusieurs téléréseaux, dont celui de la ville de Genève, n'ont toujours pas été modernisés pour permettre d'accéder à Internet. A noter que la plupart des fournisseurs de services ADSL et câble fournissent un modem gratuitement.

Quelle offre choisir ?

Pour l'immense majorité des internautes, l'offre de 2 Mbit/s en ADSL ou de 3 Mbit/s en câble est largement suffisante. Si l'on a le choix, quelle technologie choisir? L'avantage de l'ADSL, c'est que la ligne n'est pas partagée avec d'autres internautes, au contraire du câble. La liaison est donc stable et son débit assuré... pour autant que l'on se trouve près d'un central. Swisscom affirme que 89% de ses clients bénéficieront de l'entier de la connexion de 2 Mbit/s, et les 11% restant ne l'atteindront qu'en partie. Autre atout pour Swisscom/Bluewin: ses abonnés pourront bientôt recevoir la télévision via ADSL, et bénéficier de la vidéo à la demande (lire ci-dessous).

De son côté, Cablecom ne peut garantir ses débits que 90% du temps et pour 90% des internautes. Mais Cablecom propose une offre combinée Internet et téléphonie très intéressante: 29 francs pour une connexion de 3 Mbit/s, plus 20 francs pour la téléphonie fixe (gratuite le soir et le week-end, très bon marché en semaine). Bref, de quoi se passer totalement de Swisscom et de sa taxe mensuelle de 25,25 francs.

Que faire avec ce haut débit ?

Actuellement, s'équiper en haut débit permet bien sûr d'accéder à Internet plus rapidement, pour visiter des sites et télécharger de la musique et des logiciels. L'ADSL et le câble permettent aussi d'employer un logiciel tel Skype pour téléphoner depuis son ordinateur à un prix très faible et une qualité similaire aux appels classiques.

Alors, à quoi bon augmenter encore les débits comme viennent de le faire les deux opérateurs? Ceux qui utilisent Internet pour consulter des sites ne verront pas de grandes améliorations. Les adeptes du téléchargement verront les temps d'attente pour obtenir un morceau de musique ou un logiciel se réduire fortement.

Mais le grand virage s'appelle vidéo. La visioconférence devient envisageable entre plusieurs personnes en même temps, grâce à une petite caméra bon marché. Pour les cinéphiles, obtenir un film prend plus de 2 heures avec une connexion ADSL actuelle à 600 kbit/s. L'attente ne sera plus que de 45 minutes avec l'offre à 2 Mbit/s. Les distributeurs de films se dépêchent d'ailleurs de peaufiner leurs offres commerciales pour éviter que les internautes ne se tournent naturellement vers le piratage. Impossible encore pour le moment de regarder une émission sur le Net avec une qualité d'image correcte sans coupure. Avec les débits annoncés, la qualité devient comparable à celle obtenue par le téléréseau et les offres de télévision par Internet fleurissent.

Qu'attendre pour la suite ?

La Suisse garde un sérieux retard sur les autres pays européens en matière de débit. Mais Swisscom promet d'améliorer son offre. Une nouvelle technologie dite «à très haut débit», le VDSL, sera disponible dans 60% des villes d'ici à la fin de l'année. Et permettra d'atteindre, en théorie, 52 Mbit/s, soit 26 fois l'offre de base actuelle de 2 Mbit/s.

Ces débits encore plus élevés permettront de gagner encore du temps sur le téléchargement. Et de réaliser le fantasme des opérateurs: faire transiter, par Internet, toutes les informations utiles aux loisirs domestiques simultanément. Jouer en réseau, télécharger de la musique, téléphoner, regarder un film: chacune de ces opérations est possible à l'heure actuelle. Mais il n'est pas envisageable de les effectuer en même temps. Dans un an au mieux, le réseau sera suffisamment puissant pour le permettre. Avec, en plus, une qualité d'image encore accrue pour la télévision.



Swisscom vendra bientôt des films à la demande

Cablecom propose pour l'heure de la «video on near demand».

Anouch Seydtaghia

La bataille que se livrent aujourd'hui Swisscom et Cablecom sur le haut débit préfigure un second duel de taille, sur la télévision cette fois-ci. Le câblo-opérateur dispose d'un avantage certain, avec déjà 1,5 million de clients en télévision analogique, et 128000 en numérique. Cablecom veut aller plus loin. D'abord en direction de la télévision haute définition (HDTV): les premiers téléviseurs compatibles sont en vente, et les matchs de la Coupe du monde de football seront parmi les premiers à être diffusés, en juin, en haute définition. Cablecom travaille sur la HDTV, sans pour l'heure fixer de date de lancement.

Second objectif, la vidéo à la demande: plus besoin de descendre au vidéoclub du coin louer un DVD, le film, acheté via sa télécommande, débute en cinq secondes. Cablecom y est presque en proposant un système de «video on near demand»: une cinquantaine de films sont diffusés chacun jusqu'à trente fois par jour. Les prix? De 6 jusqu'à 9 francs pour les films X. Il n'est pas possible d'enregistrer les films. Pour l'heure, ce service (http://www.cablecom.ch/cinema) n'est disponible qu'en allemand.

«Une centaine de chaînes»

Swisscom risque de faire mal à Cablecom avec son offre de télévision via ADSL, qui sera lancée cette année. «Elle est actuellement testée à l'interne par les collaborateurs de Fixnet, précise Christian Neuhaus, porte-parole de Swisscom. Lors du lancement, nous proposerons une centaine de chaînes TV, des bouquets payants, et de la vidéo à la demande.»

D'ici là, l'opérateur devra résoudre, avec son partenaire Microsoft, ses derniers problèmes techniques: son service devra être parfait pour que ses clients le préfèrent à celui, rodé, de Cablecom.

Les deux sociétés s'affrontent déjà sur le terrain des enregistreurs vidéo numériques intelligents. Chacune propose un appareil, doté d'un disque dur, programmable facilement - même à distance via son téléphone mobile, pour celui de Swisscom.




L'envoi de données est encore beaucoup trop lent

Les débits ascendants restent trop faibles
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Gaël Hurlimann

Si les vitesses de connexion à Internet augmentent, l'obtention d'informations va encore beaucoup plus vite que l'envoi. Recevoir un e-mail, par exemple, prend vingt fois moins de temps que d'en envoyer un via une connexion ADSL et dix fois moins avec le câble. Ce modèle asymétrique conforte l'internaute dans un rôle de consommateur: il lui est plus facile de prendre des textes, des images ou des vidéos que d'en fournir. C'est un paradoxe, à l'heure où l'internaute joue un rôle de plus en plus actif. Qu'il s'agisse de proposer de la musique sur son site, de tenir à jour son blog, d'envoyer une vidéo par e-mail ou de publier ses images sur un site de photographies, Internet s'impose comme un lieu d'expression.

Et la lenteur du débit d'envoi est un frein à ces pratiques. Plusieurs forums d'usagers s'en émeuvent. Alors, la technologie va-t-elle suivre? Le VDSL (lire ci-dessus) devrait permettre d'envoyer des informations à 6 Mbit/s. Rendre public un morceau de musique prendra 5 secondes. Mais il permettra aussi de télécharger près de 10 fois plus vite. Les grosses entreprises, disposant de serveurs puissants, garderont donc une longueur d'avance sur le particulier pour mettre du contenu à disposition.



Quel choix pour les petits consommateurs?

Le Temps
Ceux qui souhaitent une connexion constante de petit débit ont le choix entre plusieurs offres, à examiner avec attention: - Swisscom/Bluewin: une connexion de 150/50 kbit/s pour 9 francs par mois, plus 2,40 francs l'heure de connexion. Facture maximale: 59 francs par mois - Sunrise: liaison de 150/50 kbit/s pour 9,90 francs par mois, y compris 20 Mb de données, chaque Mb supplémentaire est facturé 19 centimes. Offres comparables chez VTX et Tele2. - Cablecom: liaison 300/100 kbit/s pour 10 francs par mois, y compris 20 Mb de données. Abonnement téléphonique obligatoire.
http://www.letemps.ch/template/tempsFort.asp?page=3&article=175607

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